Les Belles Lettres éditions

  • La Consolation est un texte unique dans l'antiquité, où une figure allégorique, Philosophia, s'adresse à son élève (Boèce) et lui apporte la consolation de son enseignement (évidemment une présentation du monde de type néo-platonicien). Ce dialogue est l'OEuvre d'un haut personnage romain chrétien, sénateur et patrice, emprisonné et accusé de haute trahison, alors qu'il attendait la mort, vers 524 après J.-C.. Cette situation « d'urgence » et d'imminence de la mort (pensons à celle de Socrate), démentie par la belle sobriété du texte, est devenu un modèle pour la philosophie, dernier rempart de la beauté et de la méditation, symbole de résistance à l'oppression et de méditation sur la condition humaine.
    La Consolation de Philosophie devait devenir l'un des ouvrages fondamentaux du Moyen Age, à côté de ceux de St Augustin, de St Benoît et de Bède le vénérable. C'est évidemment aussi un lointain modèle de la Divine Comédie de Dante. Boèce est un parfait représentant de la haute culture italienne de l'époque, déchirée entre sa fidélité à une tradition classique tenace (les satires grecques ou latines, la philosophie grecque, les consolations de Cicéron, Ovide ou Sénèque) et les réalités politiques de son temps, celui de l'Empereur Justinien (occupation par les Goths, la persécution des chrétiens, attrait d'un Orient encore brillant de sa vie culturelle).
    La présente traduction, inédite, tient compte de très nombreux travaux modernes ; elle est due à un spécialiste de Boèce, Jean-Yves Guillaumin, professeur à l'Université de Franche-Comté.

  • La Chanson de Roland, ici traduite d'après la version recueillie par le manuscrit d'Oxford, est le premier texte littéraire écrit en français et la première chanson de geste connue en Europe occidentale. On situe sa création autour de l'an 1100. Si elle partage avec les autres gestes françaises l'absence d'historicité, le sentiment féodal, l'imagination la plus débordante, elle est indiscutablement supérieure à tous les autres poèmes épiques par sa composition parfaite, soignée jusqu'à des détails insoupçonnés d'équilibre et de beauté formelle. Elle représente un des sommets de cet art. Il est surprenant qu'une expédition inutile ou presque comme le fut celle de Charlemagne en Espagne en 778, et qui s'acheva par l'écrasante défaite de la bataille de Roncevaux, ait trouvé une justification aussi grandiose. Son héros, l'impétueux Roland, l'une des figures littéraires les plus inoubliables des lettres françaises de tous les temps, est connu pour sa démesure héroïque, son sincère repentir postérieur, son amour illimité de la chevalerie et de l'honneur de la douce France. Sur nombre de places de vieilles villes européennes se dressent des statues de Roland, écho de la diffusion que la journée de Roncevaux et sa version littéraire ont atteinte dans le monde médiéval et chrétien. Le texte de la Chanson, établi d'après le manuscrit d'Oxford, a été édité par le médiéviste Luis Cortés (1924-1990) et traduit en français par Paulette Gabaudan chez Nizet en 1994. C'est de cet ouvrage, avec sa remarquable traduction en décasyllabes épiques assonancés, épousant si fidèlement le texte original, que P. Gabaudan propose ici une nouvelle édition.

  • Jamais les Romains n'ont employé de formule pour désigner ce que nous appelons le « droit pénal ». Devrait-on penser pour autant avec Theodor Mommsen que « le droit pénal romain n'ayant jamais formé un tout, il ne peut être question d'en retracer l'histoire » ? Non, précisément, car l'histoire ne saurait supposer un système doctrinal qui en déterminerait l'objet comme un tout. Depuis la fondation de Rome attribuée à Romulus (en 753 av. J.-C.) jusqu'à l'effort de reconquête mené par l'empereur byzantin Justinien (527-565 ap. J.-C.), des institutions et des normes relatives à la répression des crimes n'ont cessé d'être produites. A l'origine, un « droit de vie et de mort » qualifie la place du père dans la famille, comme celle du magistrat dans la cité. Naît ensuite la « République » ou l'avènement de la libertas, c'est-à-dire essentiellement la protection du citoyen face à l'arbitraire du magistrat. Cinq siècles plus tard et au terme de longues guerres civiles, l'autocratie impériale se substitue à la « liberté » : tout crime peut être désormais considéré comme une atteinte à la « majesté du prince » ; seul l'empereur peut décider de « l'indulgence » effaçant une peine ou recevoir l'« appel » d'un condamné. Le présent ouvrage articule en cinquante rubriques, réparties en trois chapitres (la procédure, les crimes, les peines), la lecture de treize siècles d'une histoire politique de Rome.

  • En citoyen philosophe, Cicéron démonte ici, avec une logique implacable, les mécanismes de la crédulité et de la superstition. Conformément aux idéaux de la cité antique, il défend la liberté de pensée face aux dieux et à l'angoisse qui paralyse.
    Cet ouvrage vif et ironique, qu'on lit d'une traite, est éminemment actuel en notre temps où se multiplient les intégristes et sectaires de tout bord. Il passionnera aussi par ses descriptions captivantes sur la voyance, l'astrologie, l'interprétation des rêves ou les oracles grecs et romains.
    Pour la plupart de ces techniques divinatoires antiques, cet ouvrage constitue, dans un style vivant et avec un humour féroce, le seul témoignage qui soit parvenu au monde moderne.

  • Sextus Empiricus (IIe-IIIe s. ap. J.-C.) est le dernier philosophe sceptique de l'Antiquité et le seul dont l'oeuvre soit en grande partie conservée. Son Contre les dogmatiques prend pour cible la connaissance philosophique. Cet ensemble de traités très argumenté est articulé suivant la distinction, d'époque hellénistique, entre trois parties de la philosophie, la logique, la physique et l'éthique. On donne ici la première traduction française de la première et plus importante partie de cet ouvrage, le Contre les logiciens, qui conteste la possibilité même de connaître. Prenant appui sur la distinction entre « choses apparentes » et « choses cachées », Sextus Empiricus traite en premier lieu du « critère de la vérité » ou des voies d'accès à la connaissance des choses apparentes. Un long développement doxographique qui conduit des philosophes présocratiques aux Stoïciens, aux Épicuriens et aux Académiciens précède l'exposé des arguments qui plaident en faveur de l'inexistence d'un tel critère. Au livre II, Sextus Empiricus met en question, à propos des choses cachées, le « vrai » lui-même, avant de faire ressortir la faiblesse de l'inférence sémiotique et celle de la démonstration. L'ouvrage porte ainsi à notre connaissance tout à la fois des doctrines dogmatiques - comme la logique stoïcienne - auxquelles nous aurions moins accès sans son témoignage, et une bonne partie de l'argumentaire sceptique déployé depuis la renaissance du pyrrhonisme, à l'époque d'Énésidème, qui serait autrement perdue.

  • Dans ses Vies des sophistes, Philostrate établit une filiation entre les sophistes contemporains de Socrate et ceux qui, entre la fin du Ier siècle et le début du IIIe siècle après J.-C., en reprirent le titre ou le rôle, dans un contexte historique et social très différent. Conscient de ces écarts, Philostrate introduit une distinction qui fera date : à la « première sophistique », celle des « Présocratiques » comme diront les Modernes, aura succédé bien plus tard une « deuxième sophistique », défendant les vues des milieux hellénisants dans le cadre de l'Empire romain. Cette sophistique-là servira d'école aux grands noms de l'éloquence chrétienne, qui à leur tour modèleront une bonne part de l'enseignement médiéval grec et latin. C'est l'une des nombreuses raisons du regain d'intérêt des historiens, ces dernières décennies, pour ce texte de Philostrate, qui n'avait jamais été traduit intégralement en français. Fictives, très différentes de ton, les Lettres érotiques ne se résument pas à un délassement de l'historien des sophistes, elles éclairent un pan des relations intimes sous l'Empire romain. La préface de Pierre Sorlin analyse certaines survivances actuelles de chacune de ces sophistiques.

  • Aux premiers siècles du christianisme, les païens restaient aux yeux des chrétiens les maîtres des formes traditionnelles de l'historiographie. Ainsi, il n'y eut aucune tentative sérieuse de christianiser Thucydide ou Tacite, qu'on étudiait pourtant encore avec soin. Il fallait donc soit inventer de nouvelles formes, comme l'histoire de l'Église, soit se cantonner à des genres déjà connus, comme la chronographie, en y ajoutant toutefois un message : c'est ce dernier chemin qu'emprunta Eusèbe de Césarée (env. 260-339/340) dans sa Chronique. Dans cette oeuvre en deux livres, la chronologie devient philosophie de l'histoire. Tout antiquisant a un jour ou l'autre affaire à cette oeuvre labyrinthique, qui va d'Abraham jusqu'à l'époque romaine et couvre tous les peuples connus, des Chaldéens aux Assyriens, Mèdes, Lydiens, Perses, Hébreux, Égyptiens, Grecs et Romains. Ainsi, la Chronique est une référence indispensable pour le spécialiste d'histoire du christianisme, pour le chercheur en historiographie (Eusèbe étant une mine de fragments d'historiens perdus), mais aussi pour l'assyriologue, l'helléniste, le romaniste ou tout spécialiste d'autres secteurs, cherchant à dater tel ou tel épisode. L'original grec est perdu, mais on en conserve une version arménienne, qui remonte au Ve ou au VIe siècle. Le présent volume fournit la première traduction française de la première partie de la Chronique.

  • Les triumvirs l'ont emporté sur les républicains à Philippes, mais les guerres civiles ont encore cinq belles années devant elles. Désormais, Antoine et Octavien doivent tenir les promesses faites aux soldats : Antoine se charge de l'argent en pressurant les provinces d'Orient ; pour les terres en Italie, Octavien exproprie leurs occupants, et tout le pays entre en ébullition. Lucius, consul, et aussi frère d'Antoine, tente alors de rétablir la République, mais l'entreprise se termine vite par sa défaite à Pérouse. Une autre menace vient de Sextus Pompée qui contrôle toujours la Sicile et le trafic maritime : Rome est affamée. Quand Antoine, soucieux, quitte les bras de Cléopâtre pour retrouver l'Italie, ses officiers et ceux d'Octavien ont bien du mal à enrayer la guerre qui commence entre eux... Ainsi s'ouvre le cinquième livre des Guerres civiles, livre des rebondissements, où discordes, réconciliations, défections, accords vite transgressés, émeutes, tempêtes et mutineries ponctuent la période confuse où la République achève sa longue agonie. Appien arrête son récit à la mort de Sextus Pompée, considérant qu'avec lui la République, elle aussi, est bien morte ; l'historien réserve pour son Livre égyptien (qui ne nous est pas parvenu) la lutte finale entre Antoine et Octavien, une histoire d'une autre nature, celle de l'affrontement entre deux prétendants à la monarchie.

  • Répartis sur un millénaire et demi, les récits ici rassemblés disent comment la Bible hébraïque est devenue un livre grec. La Lettre d'Aristée fut rédigée avant l'ère chrétienne en Égypte. Avec un art très sûr, elle met en scène un roi macédonien désireux d'enrichir la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Soixante-douze lettrés venus de Jérusalem collaborent pour traduire la Torah d'hébreu en grec. Destinée à acquérir une renommée immense dans le judaïsme, puis à influencer fortement les doctrines du christianisme, cette traduction sera appelée la Bible des Septante.
    Au IVe siècle, le Traité des Poids et Mesures d'Épiphane de Salamine, mis ici en français pour la première fois, reprend le récit en l'enrichissant de détails merveilleux. Il s'agit de montrer que la Septante est la plus ancienne traduction de la Bible et la meilleure. Car il en existe désormais d'autres, qui lui disputent la place et dont il faut aussi exposer l'origine.
    La troisième partie retrace les échos de ces récits dans les textes grecs, latins, hébreux, syriaques et arabes, jusqu'au XVe siècle. Avec ce livre, le lecteur a en main de quoi suivre tout le développement de la légende entourant la Septante et les autres traductions dans l'Antiquité et le Moyen Âge byzantin et oriental. Il peut apprécier ce que l'on savait et ce que l'on croyait, aux différentes époques, sur les origines de la Bible grecque.

    Laurence Vianès est maître de conférences en langue et littérature grecques à l'Université de Grenoble-Alpes. Ses recherches concernent la Septante ainsi que l'exégèse des prophètes bibliques chez les auteurs chrétiens anciens.

  • Le Livre des Délices a été rédigé vers 1180 à Barcelone par le médecin et poète Joseph ibn Zabara. L'auteur y relate sa rencontre avec un mystérieux personnage répondant au nom d'Enan qui l'entraînera dans un long voyage à dos d'âne à travers l'Espagne. Au cours de leurs pérégrinations les deux compagnons vont s'affronter à des joutes verbales continuelles à coups de fables, d'adages, de maximes et de dissertations scientifiques jusqu'à ce que Joseph parvienne à confondre son interlocuteur en démasquant son ignorance. Cette oeuvre unique en son genre qu'imprègne une atmosphère onirique et poétique mêle fiction et éléments autobiographiques. Elle tient à la fois du conte oriental, de la satire médiévale et du roman picaresque, tout en offrant au lecteur un condensé de sagesse antique, juive et orientale. Ce chef-d'oeuvre de la littérature hébraïque médiévale est traduit pour la première fois en français par Nathan Weinstock.

  • « La guerre engendre beaucoup de maux, entre lesquels sont le grand nombre d'historiens » écrit Jean Racine, en marge d'un exemplaire du « Comment écrire l'histoire » de Lucien. Remarque acerbe méritée ? « Que s'est-il vraiment passé ? » et « comment le dire ? », sont deux questions auxquelles on est confronté lorsqu'il s'agit de « rapporter des faits ». Au deuxième siècle de notre ère, Lucien de Samosate se pose avant tout la deuxième question. Marqué par sa formation rhétorique, il porte en lui l'habituelle distinction entre deux aspects constitutifs du discours : ce qui concerne la matière (pragmatikos topos) et ce qui touche l'expression (lektikos topos). Le « Voltaire de l'antiquité » (dixit Mme de Staël) se concentre avec un esprit satirique sur l'examen du « comment dire ». Un texte vif, qui fait sourire, et souvent réfléchir.

  • Dans toutes ses oeuvres (Anabase, Helléniques, Cyropédie, etc.), Xénophon (env. 428 - env. 355 av. J.-C.), Athénien mais Spartiate de coeur, n'a cessé de poser la question de la forme et de l'exercice du pouvoir et de dessiner la figure du chef. Les trois ouvrages ici traduits (pour la première fois en français depuis 1930) expriment l'admiration pour Sparte telle que le législateur légendaire l'a organisée (Constitution des Lacédémoniens), pour un grand roi et général spartiate (Agésilas, à la fois biographie et éloge), enfin pour une éventuelle « bonne » tyrannie (Hiéron, dialogue à la mode socratique).
    On a ajouté la traduction de la Constitution des Athéniens, pamphlet anti-démocratique qui est joint dans la tradition manuscrite au corpus des oeuvres de Xénophon et qui, daté du milieu du Ve siècle av. J.-C., est en réalité l'oeuvre d'un « Vieil Oligarque », comme disent les historiens.

  • Écrits au début de notre ère, quand naissait l'Empire, les Fastes reflètent à merveille l'ambiguïté de l'époque. Ovide nous livre ici une oeuvre fascinante où se mêlent mythologie, histoire et philosophie : le grand calendrier religieux commenté au jour le jour, les « Fastes » de Rome. Les fêtes se succèdent et s'éclairent au rythme du nouveau calendrier qui se constitue sous les yeux du poète : insensiblement, le temps du prince vient enlacer le temps de la Cité. Ovide fait alterner les genres littéraires : épisodes épiques, conversations avec les dieux, tableaux de genre, scènes comiques. Poème de l'ambiguïté, à l'image de leur époque, les Fastes sont aussi un superbe recueil de mythes à la romaine.

  • Traduits pour la première fois en français et précédés d'un essai sur l'historiographie mésopotamienne, 52 documents. Échelonnés entre le XXIe siècle et le IIe siècle avant J.-C., ils retracent l'histoire de la Mésopotamie depuis ses plus lointaines origines, lorsque les dieux créaient la royauté, jusqu'à la fin de l'Empire séleucide et l'arrivée des Parthes.
    Ce sont autant de fragments d'une tumultueuse histoire, celle de royaumes belliqueux et conquérants, celle aussi de la fondation et de la chute de puissants royaumes.Une histoire ponctuée de batailles, de sièges de villes, d'usurpateurs, de soulèvements, de retournements d'alliances, de morts violentes.
    On y trouve aussi mention de faits de nature plus variée : la lente dérive mentale d'un souverain babylonien, des épidémies, des mouvements de panique, des indications météorologiques.

  • Dans ce dialogue rédigé à la fin de sa vie, quand les institutions politiques et religieuses de la république romaine sont bouleversées, Cicéron soumet à la libre discussion critique les doctrines théologiques des deux philosophies dominantes, l'épicurisme et le stoïcisme. Conformément à la tradition de la Nouvelle Académie, le débat cherche à fixer une définition au moins probable de la nature des dieux et de leurs relations avec le monde des hommes.
    En philosophe soucieux de prendre en compte les déterminations culturelles et historiques dans la formation des conceptions des dieux, Cicéron conteste la validité des « notions communes » sur lesquelles les épicuriens et les stoïciens fondent leurs doctrines en leur opposant la diversité des représentations des dieux et des pratiques religieuses. Par là, ce dialogue livre un témoignage d'une richesse exceptionnelle sur toutes les formes qu'a pu prendre dans l'Antiquité la pensée du divin.

  • Bartole de Sassoferrato (env. 1313-1357) est l'un des plus grands juristes du Moyen Âge. Auteur d'une oeuvre immense, lue et commentée de son temps comme à l'époque moderne, il rédigea à la fin de sa vie un ensemble de trois traités, traduits ici pour la première fois en français, qui ont comme point commun d'envisager l'exercice du pouvoir dans sa dimension pratique aussi bien que théorique et juridique. Il consacre ainsi son Traité sur les guelfes et les gibelins à la question de la conflictualité politique et des luttes de factions dans le monde communal italien ; il passe au crible les formes de gouvernement et les régimes politiques dans le Traité sur le gouvernement de la cité, dans le prolongement des réflexions d'Aristote ou de Gilles de Rome ; avec son Traité sur le tyran, il livre l'un des principaux traités que le Moyen Âge nous a légué sur le phénomène tyrannique. Si les thèmes abordés sont variés, ils sont néanmoins traversés par une obsession commune, qui hante du reste philosophes, juristes et théologiens depuis l'Antiquité : celle de la tyrannie, dans laquelle tout pouvoir est susceptible de basculer. Observateur aigu autant qu'acteur de la vie publique, Bartole décortique ici les formes et les conditions de cette dégénérescence et porte un regard incisif sur les transformations politiques qui affectent la société italienne au XIVe siècle.

  • Alexandre (356-323 avant J.-C.) fascine. Son règne fulgurant, ses immenses conquêtes ont servi de référence pour une réflexion sur le bon usage du pouvoir : comment faire le bien des sujets ? comment éviter les dérives de l'autoritarisme et de la corruption ? comment échapper au risque de perdre son âme ? Telles sont les questions que posent Sénèque le Père (54-39 avant J.-C.), Dion Chrysostome (30-116), Lucien (120-180), ainsi que de multiples déclamateurs, écrivant en grec et en latin à l'époque de l'Empire romain. Leurs discours et leurs dialogues sur Alexandre le Grand n'avaient jamais été réunis et certains n'avaient jamais été traduits en français. A la fois drôles et profonds, ils sont riches d'implications politiques.
    Laurent Pernot, membre de l'Institut, est professeur à l'Université de Strasbourg. Il a publié aux éditions Les Belles Lettres Éloges grecs de Rome et À l'école des Anciens.

  • La Vie de Pythagore par Jamblique n'a pas grand chose à voir avec ce que l'on appelle aujourd'hui une biographie: il s'agit en réalité d'un éloge de Pythagore, accompagné d'une longue description du genre de vie pratiquée par la communauté rassemblée autour de Pythagore au VIe siècle av. J.-C., et dès lors commence l'histoire souterraine du Pythagorisme.
    Sept siècles plus tard, Jamblique, un philosophe néoplatonicien du début du IVe siècle, entreprend de faire revivre cette philosophie dans un grand ouvrage (partiellement perdu), L'École de Pythagore, dont notre Vie est le premier livre. Chez lui, Pythagore devient une sorte de saint païen, dont les vertus et les miracles valent bien ceux des chrétiens.
    Dans une importante préface, les deux traducteurs examinent particulièrement la façon dont Jamblique entreprend de construire le mythe d'une continuité historique entre Orphée, Pythagore et Platon, mythe qui dominera toute la philosophie occidentale jusqu'au XVIIe siècle et même au-delà.

  • Le traité Du ciel est l'un des plus importants traités de cosmologie que nous a transmis l'Antiquité. Aristote y livre une physique générale du domaine où se trouvent les astres, et s'emploie à montrer que l'univers obéit à des lois physiques et structurelles qui ont un caractère nécessaire et dans lequel les données de l'expérience n'ont que peu d'importance. Ce traité a connu une influence exceptionnelle : c'est en partant de ce modèle de l'univers que Ptolémée constituera son système géocentrique, schéma qui ne sera remis en question qu'avec les découvertes de Copernic. La cosmologie d'Aristote a ainsi servi de base à un système qui traversa près de deux millénaires. Michel Federspiel (1941-2013) enseignait le grec à l'Université de Clermont-Ferrand. Il était traducteur de textes scientifiques et techniques (Apollonius de Perge, Eutocius d'Ascalon, avec M. Decorps-Foulquier), spécialiste de la langue des mathématiques grecques, et a exploré en particulier des corpus techniques à la tradition méconnue. Il traduisit en 1969 l'ouvrage d'Árpád Szabó, Les débuts des mathématiques grecques. Victor Gysembergh est docteur de l'Université de Reims et actuellement boursier de la Fondation Humboldt. Il a publié avec W. Furley un ouvrage sur l'extispicine et co-édité un volume sur les rapports entre sciences et philosophie. Il prépare l'édition d'Eudoxe de Cnide pour la C.U.F.

  • Rédigée en latin entre 1135 et 1138, l'Histoire des Rois de Bretagne relate l'histoire des premiers souverains de l'île de Bretagne (l'actuelle Angleterre) depuis Brutus, arrière-petit-fils d'Enée, jusqu'à Cadvalladr, en passant par l'illustre roi Arthur. Texte charnière entre le roman antique, tourné vers l'histoire romaine, et le roman breton, qui utilise la matière du folklore celtique, texte fondateur du cycle arthurien, l'Histoire connut un vif succès au Moyen Age et son influence littéraire fut considérable. De Chrétien de Troyes à Shakespeare, nombreux sont les auteurs qui reprendront avec fortune les célèbres légendes de Lear, Merlin, Arthur, ici mises en scène pour la première fois par Geoffroy de Monmouth. A la fois chronique historique et fiction légendaire, l'Histoire est une oeuvre fascinante, une vaste épopée bretonne porteuse de mythes fondateurs.

  • La Guerre contre les vandales raconte l'affrontement de trois cultures différentes aux Ve et VIe siècles ap. J.-C. : la société vandale établie en Afrique du Nord, les Byzantins à la reconquête de l'Afrique romaine, les tribus berbères d'Algérie, de Tunisie et de Libye. Source historique essentielle, le récit de Procope est aussi une remarquable oeuvre littéraire. Chronique historique, journal de guerre, roman d'aventures, témoignage sur l'insolite et le surnaturel, galerie de portraits (les Vandales Geiseric et Gélimer, les Byzantins Bélisaire et Solomon, les Berbères Kabaon, Antalas et Koutzinas...) toutes les formes d'expression sont mises à contribution pour recréer, avec véracité et vivacité, l'atmosphère de l'Afrique byzantine de Justinien.

  • Biographie fantaisiste d'un auteur semi-légendaire, la Vie d'Ésope raconte l'étonnante ascension d'un misérable esclave, que son intelligence rusée et le soutien des dieux hissent peu à peu au niveau des grands de ce monde, mais qui, tel un héros de tragédie, périt, victime de son hybris, d'une fin de bouc émissaire.
    Assemblage composite d'éléments dont les plus anciens remontent à l'époque classique, l'oeuvre a pris sa forme actuelle au début de notre ère, au moment même où s'épanouit le roman grec. Mais elle a pour héros un personnage qui, par son incroyable laideur et ses origines serviles, est aux antipodes des séduisants et aristocratiques jeunes premiers du roman grec, et fait figure de « marginal » culturel, protagoniste hors norme d'une oeuvre volontiers subversive où figures d'autorités et représentants de la haute culture sont assez durement mis à mal. Comme bien d'autres textes populaires, que ne protégeait pas le respect des copistes, la Vie d'Ésope a fait l'objet d'adaptations successives au fil des siècles : c'est la version la plus ancienne, celle du manuscrit de Grottaferrata (G), qui est traduite ici en français pour la première fois - accompagnée d'extraits des rédactions ultérieures grâce auxquels le lecteur pourra apprécier comment la légende d'Ésope a été progressivement assagie par les remanieurs.

  • En août 1494, le médecin et géographe Jérôme Münzer quitte Nuremberg, accablée par la peste, pour entreprendre, jusqu'au mois d'avril 1495, un voyage à travers la France, l'Espagne et le Portugal. Le texte présenté ici, traduit du latin à partir de l'édition donnée en 1920 par Ludwig Pfandl, dans la Revue hispanique, concerne les parties espagnole et portugaise du voyage. À travers son récit, bâti à partir de notes prises tout au long du trajet, Münzer fait partager sa découverte des pays de la péninsule ibérique fort peu de temps après l'annus mirabilis que fut 1492, où la « découverte » de l'Amérique survint en même temps que la fin de la Reconquête. Il offre un tableau passionnant des populations et de leurs moeurs, alors que chrétiens, juifs et musulmans se côtoyaient encore. Il dépeint les villes (Barcelone, Madrid, Lisbonne), les monastères et sanctuaires (Montserrat, Poblet, Guadalupe, Saint-Jacques-de-Compostelle), présente les aspects économiques et culturels, permet de rencontrer les grands personnages de l'époque, comme les Rois Catholiques.

  • Ces deux traités pseudo-aristotéliciens intéresseront les historiens de la philosophie et des mathématiques. Les Problèmes mécaniques concernent la mécanique théorique : ils n'ont pas pour but la construction de machines, mais explorent sous forme de questions les principes mathématiques susceptibles de rendre compte des dispositifs que le génie humain met en place pour mouvoir, sous l'action d'une faible force, des masses parfois considérables. Quantité d'observations concrètes, empruntées au monde des artisans et des marins, font ainsi l'objet d'un questionnement théorique qui place le levier et les propriétés du cercle au centre des explications. Le traité Des lignes insécables propose, quant à lui, de réfuter point par point les arguments mis en avant par les partisans de la théorie des lignes insécables, sans doute forgée par les disciples de Platon pour échapper aux conséquences de la divisibilité illimitée des grandeurs. Michel Federspiel (1941-2013) a enseigné le grec à l'Université de Clermont-Ferrand. Il était traducteur de textes scientifiques et techniques (Apollonius de Pergé, Eutocius d'Ascalon, avec M. Decorps-Foulquier), spécialiste de la langue des mathématiques grecques, et a exploré en particulier des corpus techniques à la tradition méconnue. Il traduisit en 1969 l'ouvrage d'Árpád Szabó, Les débuts des mathématiques grecques. Micheline Decorps-Foulquier est professeur de Grec à l'Université de Clermont-Ferrand. Spécialiste de l'histoire des textes mathématiques grecs, elle a publié une histoire du texte grec et l'édition des Livres grecs I-IV des Coniques d'Apollonius de Pergé, ainsi qu'une édition d'Eutocius d'Ascalon.

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